Raid Ski de randonnée en Suisse (Oberland et Mont Rose) du 21 au 27 avril 2018

Raid Ski de randonnée en Suisse (Oberland et Mont Rose) du 21 au 27 avril 2018

Cette année la destination est la Suisse, à la découverte de l’Oberland bernois (secteur réputé de l’Eiger et de la Jungfrau) ainsi que le massif du Mont Rose côté helvétique pour changer du côté italien fait les années précédentes. A cause d’une météo capricieuse, je suis contraint de faire glisser le raid du 21 au 27 avril. Ceci m’oblige aussi à revoir le planning initial du fait des contraintes de réservation au refuge du Mont Rose (souvent complet). Je décide donc de passer la totalité du séjour dans l’Oberland.
Après le désistement de Laurent suite au glissement de la date de départ, nous sommes quatre à partir en Suisse (Gérald, Philippe, Yann et moi).

Samedi 21 avril :
Cette journée est consacrée à l’approche de la Suisse car la route d’une seule traite au départ de Toulouse pour l’Oberland nous aurait obligés à partir très tôt le matin. Nous sommes attendus le soir à Thonon Les Bains par les parents de Yann. Nous arrivons vers 21H00 et nous embrayons par un petit apéro, suivi d’un très bon repas. Merci à la maman de Yann pour la préparation culinaire et au papa pour l’ouverture des bonnes bouteilles ainsi qu’à Gérald qui avait comme à son habitude amené quelque chose (un chili). Sans parler de la charcuterie pour la semaine. 

Dimanche 22 avril :
Nous partons de Thonon vers 8H00 pour rejoindre Grindelwald (1034m), village pour le départ en train, à destination de la gare ferroviaire de la Jungfraujoch, la plus haute d’Europe (3454m). Après un peu moins de trois heures de route, nous arrivons à Grindelwald. Sacs faits, nous achetons notre billet de train pour 2400m d’ascension ferroviaire (160 € l’aller-retour…). Le trajet se passe en deux tronçons, d’abord Grindelwald-Kleine Scheidegg (2061m) en passant au pied du mythique Eiger (3967m) et ensuite changement de train pour faire Kleine Scheidegg-Gare de Jungfraujoch en passant cette fois carrément dans le massif de l’Eiger et de la Mönch (4107m). Le train s’arrête quelques minutes à la halte « touristique » sans issue Eismeer (3159m) afin que les touristes puissent descendre et prendre quelques photos du glacier Ischmeer (versant Sud-Est de l’Eiger). Après 1h10mn de train, nous arrivons à la gare terminus. Nous profitons du secteur pour prendre quelques photos depuis l’observatoire (Sphinx) où nous cassons la croûte. Cet endroit est aussi touristique que l’Aiguille du Midi à Chamonix… Nous sommes pris un peu pour des extra-terrestres par la foule de touristes asiatiques et indiens avec nos accoutrements et matos.
Après 1h30mn passées à la gare, nous chaussons les skis pour monter au refuge Mönchsjoch (3657m), itinéraire tranquille de 190m de montée qui nous prendra 45mn.
Au refuge, nous sommes accueillis par l’assistante du gardien. On verra par la suite que le terme « accueil » ne fait pas parti du logiciel du gardien… Nous réglons la première nuitée et prenons possession de la chambre. Le cadre du refuge est très bien et comme d’habitude après un effort soutenu de montée, nous dégustons le houblon local… 😉
Nous prenons notre repas à 19H00 et après le repas toujours pas de Christian (le gardien) à notre table comme l’assistante me l’avait dit pour discuter de la course du lendemain et de la météo. Comble de ce refuge, aucun bulletin météo n’est affiché…

Photos du jour

Lundi 23 avril :
Après une bonne nuit, nous nous levons pour prendre notre petit déjeuner et faire la connaissance « glaciale » du gardien, comme les thermos que nous avions laissés la veille pour les récupérer remplis de thé normalement chaud pour la journée. J’exagère en disant « glacial », ils étaient tièdes. Autant dire qu’après deux heures à l’extérieur, nous aurions eu de l’Ice Tea… Bref, je me permets de remplir mon bol avec le thé tiède et refaire le plein avec l’eau chaude à disposition pour le petit déjeuner. Et là, le gardien me tombe dessus m’expliquant en suisse allemand (langue que je ne maîtrise pas), que cette eau n’est pas pour les thermos. Chose à laquelle, je lui réponds en anglais que le thé des thermos est presque froid. Ce sera là quasiment notre seule discussion avec cet individu, hormis quelques autres remontrances de sa part du style « Pas les chaussons des chaussures dans la chambre ».
Après cet épisode, nous partons faire la sortie de mise en jambe. Aller jusqu’au point culminant de la crête du Walchergrat (3804m). Cela commence par une descente depuis le refuge sur le glacier Ewigschneefäld jusqu’à la côte 3280m. Là, nous mettons les peaux et direction la crête. La montée n’est pas difficile car la pente est régulière. Après 1h30mn et 520m de dénivelé positif, nous atteignons le but. Quelques photos et nous attaquons la descente. Comme la bonne météo semble se maintenir même si on voit au loin quelques nébulosités, on décide d’aller sur le massif d’en face (Trugberg). Après la descente, nous traversons le glacier et nous attaquons une nouvelle montée à la côté 3280m. Le début de la monté est sous le soleil mais on finit dans le brouillard. A la côté 3740m, nous arrivons au début de l’arête Sud de l’antécime du Trugberg (3880m). Là, comme on n’y voit pas grand-chose, je suis le seul à être motivé pour faire le sommet par l’arête. Au sommet, je n’y vois rien à part dans le prolongement de l’arête le point culminant du Trugberg (3933m). Je rejoins les autres rapidement pour ne pas les faire trop « poireauter ».
La descente ne se fait pas fort heureusement dans le brouillard mais dans le jour blanc, suffisamment de visibilité pour descendre un glacier…
Nous finissons la sortie de mise en jambe par une petite montée de 250m jusqu’au refuge.
Au final, ce sera une bonne première journée : 1380m de dénivelé positif en 6h.
A notre retour, nous prenons quand même une bière même si cela nous en coûte vu la mauvaise hospitalité du gardien. « L’esprit est ardent mais la chair est faible »… 🙂
Comme il nous reste du temps avant le dîner nous faisons un tarot.
Toujours pas de météo donnée par le gardien pour le lendemain. Nous l’obtenons grâce à nos téléphones… On capte le réseau GSM, le WIFI du refuge n’est que pour le gardien… Le temps est prévu beau toute la journée.
Comme l’atmosphère dans ce refuge est déplorable, une idée me trotte dans la tête, revenir sur le programme initial. A savoir passer trois jours dans le secteur du Mont Rose. Avec le téléphone, je regarde sur le site du refuge du Mont Rose s’il y de la place pour deux nuits : oui le 25, complet le 26. Après une discussion en commun, je réserve le 25 et le 26 sur liste d’attente. Une heure après, je reçois un mail du refuge m’informant que c’est OK pour le 26. Super cool !!!

Photos du jour

Mardi 24 avril :
La destination du jour est « l’objectif 4000 » du secteur, le sommet de la Jungfrau (4158m). Le petit déjeuner est plus tôt que la veille car la course est plus technique. Avec satisfaction, nous avons des thermos de thé chaud. Comme quoi la discussion de la veille a porté ses fruits…
Nous quittons le refuge à 6H30 pour descendre sur le glacier du Jungfraufirn. A la côte 3250m, nous mettons les peaux pour attaquer l’ascension par la voie normale. Vers 3450m, la montée en ski ne peut se faire (pente à plus de 30°), on doit mettre les skis sur le dos et monter en crampons. Nous remettons les skis aux pieds vers 3730m pour faire la traversée sous le Rottalhorn (3972m) et atteindre la rimaye sous le Rottalsattel (col à 3885m). Là, nous remettons les crampons et nous nous encordons pour passer la rimaye et commencer la crête terminale du sommet. Il n’est que 10H30 et il fait déjà chaud. La neige en versant Sud-Est se transforme déjà. Je commence à penser qu’on est parti un peu trop tard. Dans la montée de l’arête, on croise un guide suisse francophone qui descend avec son client. On commence à discuter avec lui et il me renseigne sur les conditions de la partie sommitale, une pente de neige à environ 45°. Le guide nous laisse et continue sa descente. J’en déduis qu’à la montée (reste environ 220m d’ascension soit plus d’une heure), ça devrait le faire mais qu’à la descente, cela risque d’être engagé. Je prends donc la décision de renoncer. Même si il y a un peu de frustration, il est parfois plus prudent de faire demi-tour. La côte des 4000 n’aura pas été atteinte, demi-tour à la côte 3940m.
Retour aux skis pour descendre. Nous faisons la descente par la combe Est avec 200m à 40° environ (passage entre deux zones de séracs). Nous finissons la descente juste en dessous de la gare de la Jungfraujoch. Au global, la sortie nous aura fait faire 1000m de dénivelé positif.
A la remise des peaux pour remonter au refuge, on décide de partir du refuge et donc de ne pas rester une nuit de plus comme on l’avait envisagé la veille. D’autant plus que Yann est sujet à des maux de tête quasi permanents, l’altitude très certainement. Nous remontons au refuge pour informer l’assistante du gardien que nous partons et récupérons nos affaires.
Vers 14H00, nous quittons le refuge pour aller prendre le train et redescendre à Grindelwald.
Pour aller à Zermatt et basculer dans la vallée du Rhône, nous empruntons le tunnel ferroviaire du Lötschberg. Nous mettons la voiture sur le train et nous faisons le trajet de 15mn en restant dans le véhicule. Encore une originalité dans nos déplacements.
A Randa, village avant Täsch, nous trouvons en bord de route un hôtel pour passer la nuit. Par chance le couple d’hôteliers est dehors et nous demandons s’ils peuvent nous recevoir. « Pas de problème » avec l’accent italien nous répond le patron alors qu’ils sont fermés. L’accueil de Mauricio et Helena d’origine italienne est aux antipodes de ce que nous avons eu au refuge de Mönchsjoch. En prime, Mauricio nous régale au dîner par sa cuisine originale, accompagnée de deux bons vins italiens et un verre de grappa gentiment offert par la maison en fin de repas… 😉

Photos du jour

Mercredi 25 avril :
Cette journée est consacrée à la montée au refuge du Mont Rose ou Rosashütte (2882m). Comme il est interdit de monter jusqu’à Zermatt avec son véhicule personnel, nous optons pour un taxi dont le tarif est un peu moins cher que le train. Arrivés à Zermatt, nous rejoignons à pied la gare du train du Gornergrat (1605m). La montée jusqu’à la halte de Rotenboden (2815m) coûte 16€. Nous profitons de la montée en train pour faire de belles photos du fameux Matterhorn ou Cervin (4478m). De la halte de Rotenboden, nous descendons en ski le sentier d’été qui mène au glacier du Gornergletscher afin de monter jusqu’au refuge.
Après un peu moins de 3h et 500m de montée positive, on se retrouve au refuge. Super bâtiment qui date de 2009 avec des douches qui fonctionnent pour le plus grand bonheur de Philippe et Gérald.
L’accueil est sympa, à noter, en comparaison de l’autre.

Nous profitons de la fin de l’après-midi pour contempler ce secteur glaciaire européen hors du commun avec des vues sur de nombreux 4000 comme la Pointe Dufour (4634m), le Nordend (4609m), le Liskamm (4479m), Castor (4223m), Pollux (4092m).
Le dîner du soir est servi à 18h30 car pour certains le réveil sera très tôt, à 2H45. On fait partie du lot car l’objectif du lendemain est la Dufourspitze ou Pointe Dufour, plus haut 4000 des Alpes après le Mont Blanc.
Après le repas nous ne tardons pas à aller au lit.

Photos du jour

Jeudi 26 avril :
Comme prévu, le réveil est à 2H45 et c’est quand même un peu difficile de se lever… Après le petit déjeuner, nous nous équipons avec frontale pour attaquer la montée. Nous ne sommes pas les seuls mais ça reste raisonnable, environ une vingtaine. Ce n’est pas la kermesse. Nous partons du refuge à 4H05.
L’ascension est en deux phases, la première partie consiste en ski d’atteindre le col Sattel (4355m) sur l’arête Ouest du sommet. Col que nous atteignons 4h10mn après notre départ. Ensuite on laisse les skis au col pour attaquer l’arête mixte (neige/glace et rochers) jusqu’au sommet. Cette deuxième partie fait moins de 300m de montée sur environ 800m de distance. Seul inconvénient des arêtes, les zones rocheuses pour se croiser entre cordées, on peut perdre beaucoup de temps. Comme le temps est stable, je fais le choix au dernier ressaut (cotation AD) de laisser passer (montée et descente) quelques cordées pour être tranquille au final. Le dernier ressaut franchi, on arrive enfin au sommet. Nous sommes seuls, sauf qu’une cordée de Suisses francophones arrive par l’arête Est, itinéraire mixte plus court mais plus technique depuis le col du Silbersattel (4519m). Pour le retour, nous les laissons passer devant. Nous sommes vraiment les derniers car nous ne croiserons plus personnes. De retour au col Sattel, nous chaussons les skis et direction le refuge. Nous profitons de la descente sous un soleil radieux et faisons quelques pauses pour les photos.
Il est 15H00 quand on arrive au refuge, une belle bambée au final avec 1835m de dénivelé positif en 11h. La bière est bien méritée…

Photos du jour

Vendredi 27 avril :
La dernière journée du raid. J’ai renoncé à aller faire Castor car le programme du jour (sommet, descente à Zermatt et retour à Toulouse), cela serait présomptueux. Je me rabats sur le Kleiner Pollux (3306m), plus simple car au passage sur le trajet retour. Pas un 4000 mais un objectif plus adapté pour un planning chargé.
Nous partons du refuge à 7H15. La première partie est la descente sur le glacier du Gornergletscher jusqu’à la côte 2450m pour se retrouver en bas du glacier du Schwärzegletscher. Là, nous allégeons un peu les sacs au pied d’un gros bloc rocheux pour attaquer la montée. Nous ne sommes pas seuls car un groupe de palois encadré par un guide de St Lary qui était avec nous la veille au refuge nous devance un peu. La pente est régulière et tranquille. Nous faisons les 850m en 1h40mn, un bon rythme. Le sommet est un super belvédère sur les 4000 et glaciers du Mont Rose.
Après 15mn passées au sommet, nous descendons. Une belle descente, neige un peu dure sur le haut mais assez bonne sur le bas.
Les sacs rechargés, nous poursuivons la descente sur le Gornergletscher. Il faut rester attentif et bien observer le relief glaciaire pour ne pas descendre trop bas dans certaines zones car cela pourrait nous obliger à remonter sur plusieurs dizaines mètres. 🙁
Nous quittons le glacier pour entrer dans la zone des deux verrous qui nous ramène après la traversée d’un pont de singe sur une piste de ski de Zermatt. Vu le bon enneigement de cette saison, nous arrivons à descendre en ski jusqu’au plus bas (1650m).
Cette dernière journée nous aura fait faire 970m de dénivelé positif, 2200m de descente et parcourir 25 kms…
Nous finissons à pied pour rejoindre la gare de taxis. Nous en commandons un afin de nous ramener à Randa où l’Espace de Philippe nous attend à l’hôtel de Mauricio et Helena.
Après rangement des affaires et changement de tenu, nous prenons la route pour rentrer au pays.

Photos du jour

Conclusion :
Ce fut un super raid dans l’Oberland bernois avec la vision des 1800 mètres de la face Nord de l’Eiger et l’immensité glaciaire du Mont Rose côté Suisse avec le beau temps en prime sur les six jours. Tout le monde était ravi même si nous n’avons pas pu faire la Jungfrau. L’occasion d’y revenir en essayant d’éviter ce refuge de Mönchsjoch gardé par un type qui n’aime vraisemblablement pas les français. Il sera aussi nécessaire de revenir dans le secteur du Mont Rose car il reste pas mal de 4000 à gravir.
Je tiens à remercier les participants pour leur bonne humeur mais également les féliciter dans leur progression technique car ce raid était plutôt ski-alpinisme que ski de randonnée. Pour Philippe, le pas de Mahomet à l’Aneto est classé « formalité » comparé à l’arête de la Dufourspitze… 😉
L’originalité de ce raid aura été les diverses approches ou transfert ferroviaires que nous avons pu faire. Il y a un nombre impressionnant de lignes de chemins de fer dans ce pays. On ressent bien que les Suisses ont fait le choix d’un important réseau ferroviaire et en prime de qualité…

Stéphane